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Brexit on n’en n’a pas fini…

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Après l’accord passé entre l’UE et Teresa May on pouvait espérer aller vers un assouplissement des relations entre l’Europe et l’Angleterre, mais la prise de pouvoir par la partie dure des Conservateurs prouve le contraire. Les points de divergence restent toujours l’Irlande du Nord et la pêche...

 

 

... Le projet de loi sur le Marché intérieur voté le 14 septembre porte sur le premier point. Le traité signé en 2019 avec l’UE avait pour objectif d’éviter le retour d’une frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. D’après l’accord « l’Irlande du nord reste soumise aux normes européennes, tout en étant dans l’Union douanière britannique, les contrôles s’effectuant en Mer du Nord » (1). Mais M. Johnson a affirmé que l’UE aurait mis un revolver sur la table des négociations « en menaçant de bloquer l’acheminement de biens entre la Grande Bretagne et l’Irlande du Nord, dans ce cas les Ministres étant autorisés à prendre des décisions unilatérales concernant les contrôles douaniers entre Grande Bretagne et Irlande du Nord ». Bruxelles voit dans ce texte une manœuvre ? Possible, mais le plus inquiétant c’est que pour la première fois la Grande Bretagne casserait unilatéralement un accord international. Quelles seront les conséquences du côté des 27 ? Nous ne sommes qu’en septembre, que se passera-t-il en décembre si aucun accord n’est conclu : remise en place de barrières douanières. Serons- nous en présence d’un chaos ? D’autant que le problème de la pêche n’est pas réglé qui aura le droit de pêcher et dans quel territoire ? 

Le monde du 11 septembre (2) faisait état de l’inquiétude des français vivant en Angleterre et pour les Anglais vivant en France ? La nouvelle loi migratoire à partir de janvier 2021 sera très restrictive : pour tous ceux qui veulent venir travailler à Londres ainsi que les dispositions pour le retour des vacanciers ? Depuis les années sombre de la 2ème guerre mondiale une certaine entente existait entre France et Grande Bretagne, est-ce terminé ? Les amis de M. Johnson auront réussi à tuer une certaine Europe qui se construisait, faut-il attendre le retour des panzers pour espérer un sursaut ? Ce qui est lamentable c’est l’indifférence de ces hommes et femmes politiques qui ne parlent que de la gloire perdue de leur pays, mais qui se soucie des drames que cette politique va créer : on part, on change de pays, quel sera leur nouveau travail et les conditions de l’exercice, créer de nouveaux liens avec ses collègues, faire de nouveaux liens d’amitié, quel sera l’accueil , et pour ceux qui décideront de rester comment seront ils vus par les autochtones, accepté, rejetés ? On a l’impression que pour ces politiques seules leurs idées et leur gloire personnelle compte. Certes il y a eu les « dragonades » du temps de Louis XIV chassant les protestants, avec la rupture de l’Edit de Nantes, qui oserait encore affirmer que c’était une bonne affaire ?

 

(1) voir le Monde du 16 septembre « Johnson braque une partie de son camp et l’UE »

(2) le Monde du 11 septembre « Les français de Londres en plein doute ».