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Adhésion, Brexit, Accord avec l’UE, tout serait réglé…

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Lorsqu’il était Président le Général de Gaulle avait refusé l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun, affirmant qu’elle n’était pas prête à faire ce saut historique. Quelques années plus tard le Président Pompidou pensant que cette union était indispensable pour conforter l’Ouest de l’Europe a donné son accord, et la Grande Bretagne est entrée dans ce qui deviendra l’Union Européenne...

 

 

 

Elle a d’ailleurs marqué la vie Bruxelloise en de nombreuses circonstances, d’abord par l’usage de la langue, l’anglais remplaçant peu à peu le français dans les échanges et les négociations, en particulier financières, compte tenu de leur importance ; L’Europe allait-elle devenir terre anglaise ? En 2016 le Premier Ministre, conservateur, convaincu que l’Angleterre resterait membre de l’UE lance un referendum dont l’issue ne fait pas de doutes…et le 23 juin 2016 les anglais à deux voies de majorité disent non à l’Europe et choisissent la coupure avec le continent. Elle ne sera pas immédiate mais seulement le 1er. Janvier 2021 si aucun accord n’est trouvé pendant les mois à venir : ce serait un Brexit dur, l’Angleterre devenant terre étrangère par rapport à l’UE. David Cameron démissionne, il est remplacé par Teresa May, autre membre du parti conservateur, moins opposée à conserver des liens avec l’Europe en présence de « Brexiteurs » réclamant une cassure franche pour que l’Angleterre recouvre son indépendance et sa souveraineté. Après plusieurs années de discussion rejetant tous les accords avec l’UE présentés par la Première Ministre, elle est remplacée par un partisan pur et dur de la rupture, Boris Johnson, les travaillistes plutôt partisans des relations avec l’Europe n’ayant pas fait entendre leur voix.

Après avoir frôlé la rupture, le Royaume Uni et l’UE ont finalement signé un traité de libre- échange le 24 décembre 2020. « L’Europe avance et peut regarder vers l’avenir » a déclaré le Président Macron, cet  accord était d’autant plus urgent que la pandémie du Covid 19 loin de reculer progresse. Les principaux points a priori réglés sont les suivants :

On savait que la séparation serait difficile, en particulier après tous les efforts de Theresa May, une partie des députés conservateurs et de la population surtout à la campagne, affirmant que tous les maux de l’Angleterre avaient pour origine l’Europe, les points principaux sont les suivants :

I / Après bien des hésitations le 24 décembre «Le royaume Uni et l’Union Européenne scellaient leur divorce (1) On est en présence un traité de libre Echange : pas de droits de douane, sans taxes, associé à une coopération sécuritaire ». Il faut espérer que les habitudes du commerce international continueront à s’appliquer et que les procédures prévues en cas de difficultés pourront s’appliquer. Toutefois bien qu’il n’y ait plus de droits de douane, les entreprises devront faire des déclarations d’exportation ou d’importation. En outre, les règles de la concurrence seront encadrées, si les normes entre les deux pays devenaient trop importantes, on pourrait réintroduire des droits de douane dans les échanges.

  • 2 /. L’Irlande du nord, sujet brulant pour les anglais après la guerre pendant des années, et des milliers de mort pour arriver à l’accord de 1998 (accord du vendredi saint), qui assurait la liberté des passages et des échanges entre les deux pays. La réintroduction des droits de douane et des formalités a été rejeté massivement par la population, un accord a été trouvé : maintien de la liberté des échanges et mise en place d’une barrière douanière en mer d’Irlande. Le commerce sera libre mais les tensions vont-elles disparaître sur le plan local ?  
  • 3 /. Une difficulté de dernière minute, la pêche, imprévue bien que nul n’ignorait que les pécheurs ont été les plus fervents défenseurs du Brexit, il s’en est fallu de peu que l’accord UE- Grande Bretagne n’échoue. La zone de pêche Européenne sera peu à peu réduite pour ne plus représenter que 25 % des droits dans cinq ans. (2).

Bien des problèmes ne sont pas réglés, comme la place de la Finance qui n’est pas évoqué dans l’accord, alors que Londres était la première place financière en Europe, plus de passeport financier, (obligation de créer des filiales en Europe), la libre circulation des personnes, le tourisme (permis de conduire international), la place de la Cour de justice Européenne à Luxembourg par rapport à la Cour suprême anglaise ? …

L’Angleterre ne participera plus au programme Erasmus pour les étudiants, plus de perfectionnement dans la langue anglaise et des droits universitaires très élevés, (3) Bien que cela ne fasse pas partie de l’accord quid de l’indépendance de l’Ecosse ?

Certes les anglais vont retrouver une souveraineté apparemment complète, mais dans quelles conditions ? Face aux Empires américains, russes ou chinois, quelle importance représente -t-elle, l’Angleterre du 19ème siècle est morte, seule une participation à une communauté plus large pouvait lui assurer un avenir. M.Johnson n’a pas encore compris que les empires sont mortels, que les temps ont changé et que l’Angleterre n’est plus au 19ème siècle, qu’elle doit s’adapter. Brexit, accord avec l’UE rien n’est réglé, les difficultés commencent après 1er janvier 2021.Une remarque parue dans Le Monde laisse perplexe : avec cette rupture l’Angleterre a perdu sa place dominante en Europe au profit de l’Allemagne, est-ce une revanche cinquante ans après 1945 ?

(1) Le Monde des 27 et 28 décembre 2020 ;

(2) Le problème de la pêche, le monde même date que ci-dessus ;

(3) Le problème d’Erasmus, le Monde du 30 décembre 2020.