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Post Brexit, on se doutait des difficultés, la réalité les confirme…

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Quatre ans de négociations avec l’Europe, des centaines d’articles, tous les risques ont été examinés, les anglais savaient, mais ils n’y ont pas cru. Une Première Ministre, Theresa MAY a essayé de sauver les liens entre la Grande Bretagne et l’UE, mais rien n’a été acceptable pour ce parti Conservateur chauffé à blanc, dont les membres n’ont rêvé que du passé, l’époque où l’Angleterre disposait d’un Empire et d’une marine maitre des océans...

 

 

A peine un mois après le début de la séparation certaines réalités laissent perplexes. La Grande Bretagne est sortie de l’UE mais les négociateurs ont réussi à conserver l’absence de droits de douane pour les échanges de marchandises avec les autres pays, pour ne pas remettre en cause le régime de l’Irlande du Nord obtenu en 1986 après une longue guerre, mais on ne s’est pas appesanti sur le passage des frontières : pas de droits de douane, mais une barrière à franchir avec de nombreuses formalités, en particulier sanitaires. Coût supplémentaire pour les entreprises, pertes de produits suite au délai de transit pour les camions. (1). Royaume Uni et UE s’engagent à respecter des conditions de « concurrence équitable » en particulier pour les régimes sociaux, environnementaux et climatiques européens. En cas de difficultés l’accord prévoit des possibilités de rééquilibrage, on verra. Quant aux pécheurs anglais, qui étaient majoritairement favorables au BREXIT ils sont mécontents, en effet pendant cinq ans jusqu’en juin 2026, ils devront accepter la présence des pécheurs de l’UE, plus particulièrement ceux de la France, avant de retrouver la liberté totale sur leur zone maritime.

 Pendant les quatorze mois qui ont précédé l’accord de décembre 2020, le gouvernement anglais, les députés conservateurs, ne pouvaient pas expliquer les risques du BREXIT ? En fait il y a eu des essais, mais ils n’ont pas été écoutés !

Bien d’autres sujets poseront dans la pratique des ajustements : le rôle de la City demain ; la situation des expatriés européens en Angleterre, souvent pour perfectionner la connaissance de la langue, (on parle d’un système à points) , de même quel régime pour les Anglais travaillant dans l’UE ; la continuité des transports ferroviaires, maritimes, aériens devra être assuré, mais avec quelles difficultés ? Erasmus disparait, ce qui est regrettable, toutefois les programmes communs à caractère scientifique devraient être maintenus (programme de recherche et d’innovation Horizon-Europe), coopération judiciaire et policière, mais quid de la participation à la Convention Européenne des droits de l’homme, de la sécurité militaire… certes il y a un Comité de pilotage, mais quel sera son rôle ? Tous les problèmes sont loin d’être réglés, en particulier pour la Grande Bretagne avec quelles conséquences pour l’UE : l’indépendance de l’Ecosse, la question de l’Irlande du nord, du Pays de galles…

« Les choses étant ce qu’elles sont » déclarait un ancien Président, l’équilibre de cette opération, demandera du temps, mais ne pouvait-on pas l’éviter ? Si le gouvernement, les députés et tous ces «jusqu’au Boutistes» qui rêvent encore d’un monde disparu. L’ensemble des anglais a toujours regardé avec méfiance du côté de l’Europe, il y a eu trop de guerres et d’incompréhension entre ces peuples pour que la fusion puisse avoir lieu, malgré la période de « l’entente cordiale » et deux guerres contre le même ennemie 1914 -18 et 1939-45. En fait à part les Anglais plongés dans les affaires internationales (la City), l’Angleterre profonde n’était pas prête à renoncer à plusieurs siècles d’une certaine identité. Bruxelles a commis des erreurs, mais le parti conservateur et les hésitations du parti travailliste n’ont pas réussi à faire basculer à 50 % de citoyens que l’avenir n’était plus dans des querelles de clocher mais dans la constitution d’une unité commune. Mais il aurait fallu d’abord former et convaincre des hommes et des femmes qu’il était nécessaire de s’adapter au monde du 21ème siècle, mais les autres pays européens ne pouvaient intervenir, à cause de la souveraineté…et Madame Von der Leyen  a essayé au nom de l’Europe, mais se faire entendre par la moitié du peuple anglais et par des parlementaires…

(I) voir le Monde des 17-18 janvier 2021.