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Fluctat nec Mergitur …

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

« Elle tangue mais ne coule pas », ou une autre traduction « Elle est battue par les flots, mais ne sombre pas ». Cette devise de la ville de Paris, qui date du Moyen Age pourrait-elle être appliquée à l’Europe actuelle ?

 

 

Il faut attendre encore quelques années pour se prononcer, mais en tant qu’Européens on  peut avoir des doutes, bien que l’Europe ait eu des moments difficiles dont elle s’est toujours tirée.

Après l’effondrement de l’Empire romain on a une période creuse jusqu’à la Renaissance. Après la chute de l’Empire Napoléonien au début du 19ème siècle la révolution industrielle permettra à la Grande Bretagne d’assurer sa puissance, la France se tournant vers la colonisation africaine, alors que vers la fin du siècle apparait l’Allemagne. Pendant toute cette période l’Europe doit faire face à de nombreux problèmes mais elle garde une position dominante.

Au siècle suivant l’Europe s’est suicidée : deux guerres mondiales, une économie ruinée. Les nouveaux empires Etats Unis, Union soviétique et bientôt la Chine, occupent la place. Que devient l’Europe ? un sous-produit du monde occidental dont la préoccupation essentielle devient le tourisme et la « Dolce Vita » et sans le plan Marshall, l’Europe sombrait dans la dictature communiste. Un certain nombre d’hommes politiques, Jean Monet, Maurice Schumann, le Général de Gaulle, le Chancelier Adenauer ont assuré la réconciliation franco-allemande et le développement du Marché Commun. Mais on est loin de l’importance des nouveaux Empires. Après des décolonisations difficiles, pour la France et l’Angleterre, la puissance militaire n’est plus en Europe, la recherche non plus (l’épisode des pays producteurs de vaccins contre la pandémie du covid 19 le montre aisément). Les cerveaux quittent l’Europe, les nouvelles techniques comme l’intelligence artificielle ne se développent que modérément dans l’UE à la différence des nouveaux empires. Au 22ème siècle l’Europe sera-t-elle un musée pour les touristes ?

Le 21ème siècle est-il mieux engagé ? on peut avoir des doutes. Après le refus du Général de Gaulle, le pari du Président Pompidou et une certaine ouverture du côté anglais , la Grande Bretagne acceptait d’entrer dans le marché commun et tissait des liens importants à Bruxelles. Ce n’était qu’un leurre car l’Angleterre profonde, rêvant d’un passé glorieux ne souhaitait pas s’intégrer à l’Europe, le referendum de 2016 a montré les limites de l’adhésion, car à part la City et ceux qui travaillaient dans les affaires internationales la Grande Bretagne profonde n’a pas suivi, l’Ecosse étant liée à la loi anglaise, même si une bonne partie de la population est plus proche de l’UE. C’est un mauvais coup pour le Royaume Uni mais également pour l’Europe, qui sort durablement affaiblie de cette aventure. Ce n’est pas le seul hiatus : que dire de la Russie plus proche de l’Europe que de l’Asie ? et la Turquie, loin d’Atatürk, dont l’actuel dirigeant rêve de reconstituer l’ancien Empire Ottoman pour faire oublier les difficultés de l’Homme malade du 19ème siècle…Certes tous les Empires vivent des moments de tension, on verra si Madame Von der Elen peut refaire une Europe forte, alors que depuis 1945…

On le sait, toutes les civilisations sont mortelles, dès lors à force de tanguer, on va finir par sombrer ? Peut-être pas, mais nos descendants devront se mobiliser s’ils ne veulent pas vivre dans un monde sans joie et sans avenir alors que le virus est toujours là…