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Les vivants et les morts…

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

Au temps des Grecs on mourrait jeunes, il en était ainsi dans tout le monde méditerranéen ou dans les sociétés précolombiennes, la guerre, les épidémies…Quant on ne mourrait pas au combat, on était réduit en esclavage. Le sort le plus avantageux ?

 

 

Difficile à dire, les mœurs ayant bien changé…Les vivants à part dans les grandes villes, dont Rome, qui offraient des distractions à la population, ceux qui vivaient dans les petits centres ou à la campagne, devaient se contenter de la vie courante. En fait deux univers coexistaient : supportables pour les plus aisés, dans la maladie et l’attente de la mort pour les autres. Ce type de société a vécu jusqu’à la société industrielle et post industrielle, ensuite les rôles se sont diversifiés.

Du coté des vivants, au fur et à mesure que la société s’est enrichie de plus en plus les citoyens ont ressenti le besoin de savoir, de s’émanciper, de voir d’autres civilisations, d’autres types de sociétés. Cette tendance apparue au début du 20ème siècle a pris de plus en plus d’importance avec la société post industrielle. Aller sur la lune ou sur Mars n’est plus une utopie, (1) on va aux quatre coins de la planète, en attendant la sortie de notre univers. Certes les neuf milliards d’individus n’iront pas sur la lune, mais un mouvement est né, se développe, que la pandémie a retardé, mais pas arrêté, ce besoin de vie toujours plus intense.  Vivre plus, mais n’est pas remettre en cause la mort ?

Quant au monde des morts, si les vivants explosent et l’impatience est grande surtout chez les jeunes qui supportent mal les épisodes de confinement, cela étant l’approche de la vie et de la mort ont changé. Ceux qui nous quittaient avaient droit au souvenir et dans de nombreuses circonstances, encouragés par les églises, à des moments toujours de souvenir. Tout a bien changé en quelques années, pour reprendre la formule d’un écrivain du 19ème siècle les morts nous « empoisonnent » on les fuit, on les oublie, comme c’est souvent le cas dans le monde nord-américain. Quand on voit la pandémie et ses victimes, les cimetières indiens ou brésiliens, les migrants qui viennent périr en méditerranée dans l’espoir d’une Europe qui les rejette pour manque de compétence, non communication des langues… souvent   on ne peut que rester songeurs et comprendre le désir de vie des jeunes.

Entre vivants et morts l’esclavage existe toujours, il a pris d’autres formes dans les Etats totalitaires comme la Chine de M. Xi Jinping, ou en Amérique latine, ou en Afrique, tout simplement en Europe dans le monde du travail, depuis la caissière du supermarché ou les entreprises qui pratiquent encore le travail à la chaine. Où est la liberté ? d’où ces mouvements de révolte, en particulier chez les jeunes. Le monde a changé on ne verra plus les statues et les stèles du monde romain ou grecque, mais des hordes envahissant les plages ou les pistes de ski, peut-on parler de liberté ? Quant aux morts, on les oublie avec de temps à autres des commémorations collectives comme la Toussaint en Europe ?

  1. Le Monde du 12 juin " Envoyer l'humanité dans l'Espace le rêve de Jeff Bezos"